Femme de Ragnar : la vérité historique derrière Lagertha et Aslaug

Lagertha et Aslaug, les deux femmes de Ragnar les plus célèbres, sont omniprésentes dans la culture populaire depuis la série Vikings. Leur statut historique diverge radicalement : l’une repose sur une source unique du XIIe siècle, l’autre sur des sagas nordiques plus tardives. Comparer ce que les textes médiévaux disent réellement de chacune permet de mesurer l’écart entre la légende et ce que les historiens peuvent raisonnablement affirmer.

Sources médiévales sur les femmes de Ragnar Lothbrok : un corpus très inégal

La confusion autour des épouses de Ragnar vient en grande partie de la nature des textes qui les mentionnent. Ces sources n’ont ni la même époque de rédaction, ni la même intention, ni le même degré de fiabilité.

A découvrir également : Pourquoi Dofus potal est devenu l'outil incontournable des chasseurs de portails ?

Critère Lagertha Aslaug
Source principale Gesta Danorum (Saxo Grammaticus) Saga de Ragnar Lodbrok, Völsunga saga
Époque de rédaction Fin du XIIe siècle XIIIe-XIVe siècle
Langue d’origine Latin Vieux norrois
Type de récit Chronique historique romancée Saga légendaire (fornaldarsaga)
Nombre de sources indépendantes Une seule Plusieurs sagas croisées
Consensus historique actuel Personnage composite probable Figure mythologique rattachée à la lignée des Völsungar

Saxo Grammaticus, moine danois écrivant en latin, reste la seule source médiévale directe sur Lagertha. Les sagas norrois qui mentionnent les femmes de Ragnar ne la citent pas. Aslaug, à l’inverse, apparaît dans plusieurs récits islandais qui se recoupent partiellement.

Femme viking aux cheveux sombres en tenue médiévale scandinave sur un paysage côtier nordique rocheux, évoquant le personnage d'Aslaug seconde épouse de Ragnar

A découvrir également : Guide pratique 2026 : quelle appareille photo choisir pour la famille ?

Lagertha dans les Gesta Danorum : guerrière viking ou figure littéraire

Saxo Grammaticus décrit Lagertha comme une skjaldmö, une vierge au bouclier, qui combat aux côtés de Ragnar lors d’une bataille en Norvège. Séduit par son courage, Ragnar l’épouse. Leur union produit un fils et deux filles, avant que Ragnar ne la répudie pour épouser Thora, fille du roi de Suède.

Le récit de Saxo suit un schéma narratif courant dans la littérature médiévale latine : la femme guerrière qui prouve sa valeur avant d’être ramenée à un rôle matrimonial. Les médiévistes récents voient Lagertha comme un personnage composite, probablement construit à partir de plusieurs traditions orales sur des femmes fortes des sagas, condensées en une seule figure romanesque.

Saxo écrivait pour la cour danoise avec un objectif précis : glorifier le passé du Danemark en l’inscrivant dans un cadre culturel compréhensible pour un lectorat chrétien et lettré. Son traitement de Lagertha emprunte autant aux Amazones gréco-romaines qu’aux traditions scandinaves. Cette double influence rend difficile l’extraction d’un noyau historique fiable.

Lagertha et la question des skjaldmö

La série Vikings a popularisé l’image de Lagertha en guerrière autonome et stratège militaire. Les sources archéologiques apportent un éclairage complémentaire, sans pour autant valider l’existence d’une Lagertha historique.

  • Plusieurs sépultures longtemps interprétées comme masculines (en raison de la présence d’armes) se sont révélées être des tombes féminines, ce qui relance la question de la réalité des femmes combattantes dans la société viking.
  • L’archéologie montre que les femmes de l’aire nordique occupaient des rôles variés (propriétaires terriennes, marchandes, gestionnaires de domaines) qui dépassent largement le cadre domestique souvent supposé.
  • Aucune de ces découvertes ne peut être reliée à Lagertha en particulier, mais elles montrent que le concept de femme guerrière viking n’est pas une pure invention littéraire.

Aslaug dans les sagas nordiques : fille de héros légendaires

Le cas d’Aslaug diffère fondamentalement. La Saga de Ragnar Lodbrok la présente comme la fille de Sigurd, le tueur du dragon Fáfnir, et de la valkyrie Brynhild. Cette généalogie la rattache directement au cycle des Völsungar, l’un des ensembles mythologiques les plus anciens de la tradition germanique.

Orpheline, Aslaug grandit cachée sous le nom de Kráka (corbeau), élevée par un couple de paysans norvégiens. Ragnar la découvre grâce à une épreuve d’ingéniosité : il lui demande de se présenter ni vêtue ni dévêtue, ni à jeun ni rassasiée, ni seule ni accompagnée. Kráka se présente enveloppée dans un filet de pêche, ayant goûté un oignon, accompagnée d’un chien. Ce motif de l’épreuve impossible se retrouve dans de nombreuses traditions narratives indo-européennes.

Aslaug est une figure mythologique, pas une figure historique. Sa fonction dans les sagas consiste à relier Ragnar aux héros du cycle de Sigurd et à légitimer ses fils comme descendants d’une lignée surnaturelle.

Les fils d’Aslaug et leur ancrage historique

Paradoxe du récit : les fils attribués à Aslaug dans les sagas (Ivar le Désossé, Björn Côtes-de-Fer, Sigurd Serpent-dans-l’Oeil, Hvitserk) sont, eux, mentionnés dans des sources historiques plus solides, notamment des chroniques anglo-saxonnes et franques liées aux invasions vikings en Angleterre et en Europe continentale.

Ivar et ses frères apparaissent dans des récits historiques indépendants des sagas, ce qui suggère que la tradition a greffé des personnages légendaires (Aslaug, Ragnar lui-même) sur des chefs vikings réels pour créer une généalogie cohérente et prestigieuse.

Deux femmes vikings en costumes historiques nordiques face à face dans une grande salle médiévale scandinave, illustrant la rivalité entre Lagertha et Aslaug dans la saga de Ragnar Lothbrok

Ragnar Lothbrok entre légende nordique et traces historiques

La question des femmes de Ragnar ne peut pas être séparée de celle de Ragnar lui-même. Les historiens s’accordent sur le fait que Ragnar Lothbrok est probablement un personnage composite, fusionnant plusieurs chefs vikings des VIIIe et IXe siècles. Les chroniques franques mentionnent un chef nommé Ragnar qui aurait assiégé Paris, tandis que les sagas islandaises lui attribuent des exploits incompatibles avec une seule vie humaine.

Dans ce cadre, attribuer à Ragnar des épouses « historiques » relève d’un exercice de reconstitution fragile. Les récits sur Lagertha et Aslaug répondent à des logiques narratives, pas à des logiques biographiques. Lagertha incarne la bravoure féminine dans un texte latin destiné à la cour danoise. Aslaug connecte la lignée de Ragnar aux dieux et aux héros fondateurs dans des sagas islandaises.

En revanche, les fils de Ragnar, leur rôle dans la Grande Armée viking qui envahit l’Angleterre, et l’héritage culturel nordique qu’ils transmettent reposent sur un socle documentaire plus solide. C’est par ces descendants que la légende de Ragnar et de ses femmes a survécu, portée par des récits qui servaient autant à divertir qu’à fonder la légitimité politique des dynasties scandinaves.

Ne ratez rien de l'actu