La mode unisexe gagne du terrain dans les boutiques parisiennes

Vous avez peut-être remarqué un détail en poussant la porte de certaines boutiques parisiennes : les rayons « homme » et « femme » ne sont plus toujours séparés. Des portants mixtes, des coupes amples sans étiquette de genre, des cabines d’essayage communes. Ce glissement ne date pas d’hier, mais il prend une ampleur nouvelle dans la capitale.

La mode unisexe à Paris ne se limite plus aux défilés ou aux marques de niche. Elle s’installe dans les concept stores, les friperies et même les grands magasins, portée par une clientèle qui cherche avant tout une coupe et une matière, pas une catégorie.

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Comment les boutiques parisiennes réorganisent leurs espaces autour de l’unisexe

Le changement le plus concret ne se joue pas sur les podiums. Il se joue dans l’agencement des magasins. Plutôt que de créer un rayon « unisexe » distinct, plusieurs enseignes parisiennes choisissent de mélanger les pièces par style ou par univers, sans distinction de genre.

Le Printemps illustre bien cette logique avec « L’Endroit », un espace de concept store qui propose une sélection de pièces choisies pour leur design, indépendamment de la cible initiale homme ou femme. L’idée n’est pas de labelliser un coin du magasin, mais de présenter les vêtements par usage plutôt que par genre.

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Deux amis en vêtements unisexes neutres marchant dans une ruelle parisienne bordée de façades haussmanniennes et de boutiques indépendantes

Cette approche règle un problème pratique que connaissent bien les acheteurs : où ranger un sweat oversize ou un pantalon fluide taillé en taille unique ? En supprimant la frontière physique entre les rayons, les boutiques simplifient le parcours d’achat.

Les friperies parisiennes participent aussi à ce mouvement. Plusieurs adresses récentes mettent en avant des sélections « pour tous les styles » ou des portants mixtes. La seconde main devient un canal de diffusion naturel de l’unisexe, parce que les vêtements y sont triés par coupe et par époque, pas par genre.

Vêtements unisexes à Paris : ce que proposent les créateurs locaux

Pourquoi certaines marques parisiennes font-elles le choix du non-genré ? La réponse tient souvent à une question de vestiaire. Créer une seule ligne au lieu de deux réduit la complexité de production et permet de se concentrer sur la qualité des matières et des finitions.

Cécile Dallançon, fondatrice de la marque XY Unisexe, résume cette philosophie : la mode unisexe ne consiste pas à attribuer les codes d’un genre à l’autre, mais à construire un troisième vestiaire. Inspirée par les lignes sobres du style japonais, sa marque a été présentée à la Fashion Week parisienne et a ouvert un pop-up store qui a rencontré un vrai succès.

D’autres griffes parisiennes comme Noyoco ou Saudade de Paris se sont positionnées sur ce créneau. Elles partagent un point commun : des coupes amples, des palettes neutres, des tissus qui tombent de la même façon sur des morphologies variées.

Ce qui distingue ces marques des grandes enseignes (Zara, H&M, Asos ont toutes lancé des lignes mixtes), c’est le travail sur la coupe. Un t-shirt oversize vendu en grande distribution reste souvent un t-shirt homme rebaptisé. Les créateurs indépendants partent d’un patronage pensé dès le départ sans genre cible.

Les pièces qui fonctionnent le mieux en unisexe

Tous les vêtements ne se prêtent pas aussi bien au non-genré. Voici les catégories qui dominent dans les boutiques parisiennes :

  • Les hauts amples (sweats, chemises droites, t-shirts à épaules tombantes) restent la porte d’entrée la plus facile, parce que la coupe pardonne les écarts de morphologie
  • Les pantalons fluides ou à pinces, souvent en taille unique ou en sizing S/M/L simplifié, remplacent les coupes ajustées genrées
  • Les vestes de travail et les blousons d’inspiration workwear, dont les proportions carrées conviennent à la plupart des silhouettes
  • Les accessoires (bijoux, sacs, écharpes) représentent le segment où la frontière de genre a quasiment disparu

Oversize et collections hybrides : la tendance qui dépasse l’étiquette unisexe

Un phénomène plus discret mérite attention. Beaucoup de marques proposent désormais des pièces portables par tous sans jamais utiliser le mot « unisexe ». Les collections dites hybrides ou oversize brouillent les catégories sans se revendiquer explicitement mixtes.

Présentation soignée de vêtements unisexes neutres sur une table en chêne dans une boutique de mode parisienne contemporaine aux murs blancs

C’est une stratégie commerciale pragmatique. Le terme « unisexe » peut rebuter une partie de la clientèle qui n’y voit pas son style. En revanche, un vêtement oversize présenté sans genre attire naturellement un public mixte.

Les collections lancées récemment à Paris insistent davantage sur les tailles étendues et la portabilité intergénérationnelle que sur l’étiquette elle-même. L’unisexe devient un fait de vestiaire plutôt qu’un argument marketing.

Serge Carreira, maître de conférences à Sciences-Po et spécialiste du secteur, décrit ce phénomène comme un mouvement de fond porté par une génération qui questionne les représentations du masculin et du féminin. Les réseaux sociaux ont accéléré cette dynamique en diffusant une approche du corps « beaucoup plus ouverte et respectueuse en dehors des stéréotypes ».

Mode non genrée et confort : pourquoi Paris adopte un nouveau vestiaire

La montée de l’unisexe à Paris ne s’explique pas uniquement par des convictions. Le confort joue un rôle central. Depuis quelques années, le retour du sportswear et des coupes amples a mécaniquement rapproché les vestiaires masculin et féminin.

Un jean droit, un sweat ample et des baskets fonctionnent sur tout le monde. Cette simplicité séduit une clientèle urbaine qui privilégie la praticité au quotidien.

Il existe aussi un ressort économique. Partager une garde-robe entre deux personnes, acheter des pièces revendables à un public plus large en seconde main : l’unisexe réduit le coût par usage d’un vêtement. Dans un contexte où la mode responsable gagne en visibilité, cet argument pèse.

Les boutiques parisiennes qui misent sur le non-genré ne font pas toutes de la militance. Certaines y voient simplement un modèle plus rentable, avec moins de références à gérer et une cible élargie. Le résultat, dans les rues de Paris, est le même : des silhouettes qui s’affranchissent des codes traditionnels de la couture, portées avec une décontraction qui ressemble de plus en plus à une norme.

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